|
Blockade, groupe lyonnais, a presque
fini d'enregistrer son album, et nous reçoit donc dans leur
local de répétition. Après une écoute
plutôt convaincante des premiers enregistrements de "Vague"
(enregistré en Suède avec Daniel Bergstrand), nous
avons passé un très bon moment à discuter avec
eux ! Voici donc une partie de cet entretien...Bonne lecture =)
santagoRe : Pouvez vous vous présenter,
dire quand le groupe a été créé ?
Blockade : Le groupe a été
créé en 1997, cela va faire 4 ans. Le dernier arrivé
dans le groupe est Yoan, il est là depuis novembre 1999,
donc le vrai Blockade existe donc vraiment depuis novembre 1999,
c'est à cette période qu'on a commencé à
composer les morceaux qu'on joue toujours et avec lesquels on tourne.
C'est la période où on avait cet esprit de composition.
En fait même avant que Flo arrive on avait un autre batteur
qui était beaucoup plus metal et cela influençait
beaucoup les morceaux, Flo a amené un feeling un peu plus
rock et on s'est adapté à lui plutôt qu'il s'adapte
à nous...Ensuite Yoan est arrivé et a apporté
un groove différent de ce à quoi on était habitués...
Est-ce que Blockade a un sens "particuliers"
?
A la base...En fait " Jah know " et Moi
sommes arméniens. Avant System Of A Down n'existait pas et
on voulait faire un groupe juste avec que des membres arméniens
! Blockade signifie blocus en anglais et c'est un hommage à
ce que subit l'Arménie depuis des années, le blocus
économique imposé par la Turquie.
Vos paroles traitent beaucoup de l'histoire
de l'Arménie ?
Non...Avant Blockade nous avions trois textes sur
le génocide, sur la guerre, mais depuis que Blockade existe,
un seul titre parle du génocide, "24:04". Et encore...SOAD
a une chanson qui parle du génocide arménien en lui
même, mais on ne voulait pas faire le même genre de
truc. Dans les paroles, on ne parle pas des massacrés en
nombre, il n'y pas d'appel politique, c'est plus l'esprit de souffrance,
la douleur...Ce n'est pas politique.
Il n'y a pas de connotation politique alors
?
(jah know et Raz) Nous deux sommes engagés,
mais c'est à coté du groupe, cela n'a rien à
voir, c'est deux choses différentes. Disons que n'importe
qui peut prendre le morceau à sa façon, ce n'est pas
écrit "arménien, massacre". On ne cite pas
une fois le nom des commanditaires. Cela pourrait parler d'un autre
génocide...Mais on explique à tous ceux qui veulent
le savoir que cela parle du génocide arménien. Ensuite
comme tout l'album, tu peux en faire absolument ce que tu veux,
comme les paroles...
Vous parlez de quoi en général
?
De ce que tu veux ! Ce ne sont pas des sujets en
particuliers, ce n'est pas concret, c'est plus des sentiments, un
état d'esprit. On ne va pas parler de faits divers ou de
trucs comme cela. Chaque texte aborde toujours le même thème,
c'est un mélange de frustration, de solitude, et aussi un
peu de colère...Mais chaque texte de vague, l'album, parle
un peu de cela, on part de cela au début, et à la
fin il y a une espèce de lumière...
De la lumière...cela fini bien ?
Cela finit bien, il y a de la place pour la lumière,
mais il y a toujours une grande partie de noirceur, les textes sont
en général...Si tu veux quand j'écris les textes
(raz) je pars toujours d'un sujet, par exemple le cauchemar, les
dix première lignes vont parler de cauchemar, puis le reste
va dévier sur autre chose pour ne plus être concret
comme l'idée du cauchemar, mais plus les sentiments que tu
as au réveil, tous ce genre de chose...ton odeur du à
la transpiration par exemple (rires). Je prends cet exemple, c'est
le sujet de "dry", qui à la base parle de cauchemar...Vous
pouvez chercher le champ lexical du rêve...Mais tu n'es pas
obligé de prendre cela au premier degré, tu peux aussi
par exemple imaginer que tu es dans un couloir, que tu n'en vois
pas la fin...
Y a t'il un état d'esprit Blockade, comme
l'on peut le ressentir sur votre site ?
C'est vraiment la musique, la façon dont
l'on compose. On ne veut pas dégager d'image particulière,
nous sommes juste une bande d'amis, on fait de la musique et c'est
tout...Nous n'avons pas d'image, regarde moi j'ai une gueule de
type sorti de mon lit, lui a une tronche d'hardcoreux suisse, lui
ce la joue mi punk mi neo metalleux...
Oui, mais par exemple tu disais sur le site,
que pour la prochaine tournée cela allait saigner...
Oui, lors d'un concert il faut ressentir quelque
chose, et comme notre musique est assez agressive...Mais c'est un
peu une caricature ! Ce que j'avais dit, c'est un truc que j'avais
entendu à un concert de black metal, "we'll crush you
till you fuckin bleed!". Je le ressort pour délirer.
Mais c'est clair que beaucoup de gens doivent croire qu'on se prend
très aux sérieux, que nous faisons toujours la gueule
à nos concert, qu'on ne communique pas trop, mais c'est plus
du au stress qu'autre chose...
On essaye pas de donner de leçon aux gens,
on fait de la sic et c'est tout...
Une fois tu (raz) m'avais dit que vous n'étiez
pas un groupe de scène ?
On a pas mal expérimenter, on a beaucoup
fait cela en studio, donc on se sent plus à l'aise en concert.
Maintenant le problème avec la scène, c'est qu'on
avait toujours des mauvaises conditions. Vous nous avez toujours
vu sur Lyon et sa région, et franchement, ici ce sont nos
plus mauvais concerts..
Votre meilleur concert ?
Nottingham, la dernière date de la tournée
anglaise, un accueil terrible, notre cd était dans le juke-box,
les types connaissaient nos morceaux, c'était notre 7eme
concert en une semaine et nous étions rodés...C'était
un concert de Barjos !! C'est une date incomparable...On a pu rencontrer
Pitschifter, Earthtone9...Tous les mecs du milieu du metal bougeaient
là bas tous les week-end.
Quand on a commencé on imaginerait pas un
jour qu'on jouerait en Angleterre...Un pays qui est très
business au niveau de la musique. En France, là ou un groupe
local français peut toucher 3000 frs de cachet, un groupe
signé anglais touche 1500 frs...On a perdu beaucoup d'argent
à jouer là bas, il y a même une date où
on nous a payé 20 frs ! Mais on changé d'air, rencontré
de nouvelles personnes...
Pour en revenir à la musique elle même,
quelles sont vos influences principales ?
Yoan : j'écoute beaucoup de punk, machine head, après
j'ai découvert en entrant dans le groupe les trucs comme
shovel, the gathering, deftones...
flo : moi je fonctionne par période, une
semaine je vais écouter jeff buckley, la semaine d'après
kickback, il n'y a pas vraiment de groupes que je préfère...
jah know : Moi j'ai eu une seule période
: Sepultura !! et System of a Down aussi
Raz : Machine Head !! The Gathering et pleins de
trucs assez expérimentaux.
Mais qu'est ce qui vous influence dans la composition
?
Rien de particuliers, c'est un melting pot de plein
d'influences différentes. A la base la raison pour laquelle
nous avons enregistré un album, ce n'était pas pour
démarcher les maisons de disques, pour des trucs purement
business, c'était pour proposé un truc intéressant
à écouter, le plus varié possible.. On a sorti
deux démos trois titres, c'est cool mais c'est très
frustrant car on ne peut pas donner de relief avec trois titres.
Les personne qui écoutent ne peuvent pas faire se faire un
avis sur le groupe. Sur 3/4 tu as tout à fait le temps d'amener
un passage calme sans faire de collage de riffs, ensuite de faire
quelque chose de plus noisy, retourner à un truc beaucoup
plus lourd, ou faire un truc bordélique comme on a l'habitude
d'en faire, etc...
Je pense qu'on est influencé par tout ce
qui nous passe par les oreilles...Ce qu'on entend à la radio,
dans le métro, chez nous...
Vous parlez d'être bordélique...
On a pas créé de style, mais on différent
des autres et on a un petit truc qui fait qu'on reconnaît
que c'est du Blockade...Un riff vachement noise par dessus une basse
mélodique, riff qui va faire en sorte que ce soit la basse
qui donne le ton...Mais cela tu t'en rends compte que si tu as bien
écouté notre musique. Pour l'album on enregistré
les guitares d'abord, puis on a enregistré la basse par dessus...Donc
bref, quand on compose on est bordélique, les groupes généralement
commencent par le début, nous on commence par le pont, puis
par la fin du morceau, on revient à l'intro, puis au couplet,
on compose par petits morceaux et pas en suivant le fil du truc...
Les nouvelles compositions sont plus mélodiques,
vous pensez vous dirigez vers cela ?
En fait on eu plusieurs idées, et finalement
on compose comme cela, et cela rend plus calme. C'est aussi du au
fait d'être allé en Suède pour enregistrer l'album,
dans le studio il y avait toujours les même skeuds, meshuggah,
misery loves co, tous les trucs death metal du coin, on en avait
trop marre d'écouter que cela, il nous a fallu du temps pour
digérer tout cela, et donc quand on est rentré, on
a composé des choses plus mélodiques...
Il y a quelque chose qui me surprend un peu
dans cette évolution...
La plus grosse différence c'est que Raz
chante beaucoup plus qu'avant...Plus le temps passe et plus la sic
devient mélodique, mais on en a jamais parlé ensemble,
c'est comme cela, c'est tout...On essaye juste de rendre note musique
la plus intéressante possible, on expérimente beaucoup
en studio, parfois cela part dans tous les sens...
Concernant l'album, comment avez vous choisi
le producteur ?
c'est un ensemble, au départ on avait contacté
plein de gens, on a demandé des devis de partout, en Belgique,
en Suisse, aux Etats Unis, en France, pendant un mois il était
question que ce soit le guitariste et le chanteur de skinlab qui
avait reçu notre démo parce que j'étais en
contact avec sa femme (rires - mais nan rien de...) qui nous produise,
mais cela ne s'est pas fait, donc on appelé Daniel Bergstrand,
il nous a rappelé le lendemain, puis on a bien discuté,
et on a signé avec lui...
Alors comment s'est passé le voyage en
Suède ?
Les hôtesses de l'air étaient très
gentilles...On est parti de Lyon jusqu'à Paris, de Paris
direct jusqu'à Stockholm, arrivés à Stockholm...rires
oui, on a enregistré du 28 mai au 20 juin. On a passé
5 jours sur la batterie, 12 jour sur la gratte, 2 jours sur la basse,
et raz a eu une extinction de voix...Et c'est pour cela qu'il y
retourne. De toute façon, s'il avait chanté nous n'aurions
pas eu le temps de mixer, donc il aurait fallu y retourner...
Et le pays ?
L'état d'esprit n'a rien à voir...Ils
sont tous très ouvert d'esprit...La ville où nous
étions, il y avait des studios d'enregistrements de partout...
Vous pensez qu'en France il y a moins cette
ouverture d'esprit ?
Oui, c'est clair...Tu remarques cela dans la presse,
les médias...En France tu as des magazines spécialisés
rock, d'autres neo metal, d'autres metal extrêmes, rien ne
se mélange, chacun reste dans son truc...Là bas tout
est mélangé, tous les styles se mélangent et
tout le monde s'entraide ! En France on s'entraide surtout dans
un même style...et en Suède, les deaths metalleux sont
en pattes d'eph !
Cela vous a marqué les pattes d'eph !
Oui, c'est parce que Flo a lancé une blague,
"pattes death metal" (rires) (note du webmaster, avec
blockade on ne s'ennuie pas lol)
Bergstrand a beaucoup influencé votre
travail ? vous êtes arrivés avec des idées très
précises ?
On avait un peu peur de cela justement, on s'était
mis en tête des choses précises...Il nous imposait
rien, mais nous proposait pas mal de choses. Le seul truc sur lequel
ils ont été très stricte, c'est la précision...car
nous avions l'habitude d'enregistrer dans un studio, que l'on salue
au passage, le gramophone, et qui est tenu par un mec qui est très
rock'n'roll dans l'âme, "ah tiens j'ai marché
sur un jack, garde le bruit c'est super cool". Avec Bergstrand
fallait que chaque truc soit bien à sa place, les deux étaient
des perfectionnistes ! Si tu veux savoir si on a galéré,
c'est oui !
Justement le fait que vous soyez bordéliques,
cela vous a gêné ?
Mais c'est du bordel organisé ! Le bordel
est dans la structure de nos morceaux...c'est vicieux car c'est
le bordel sans être le bordel. c'est le bordel car il y a
plein d'éléments différents dans la musique
en même temps, mais par contre il y a toujours le même
tempo, des
couplets, des refrains...
Cela vous a fait progressé dans votre
jeu ?
Oui, quand tu passes 15h sur 24 à faire
de la musique pendant trois semaines, tu progresses ! On vivait
sur place et ils nous avaient appris à nous servir du matos,
donc on s'enregistraient nous même, et chaque jour c'était
comme si on faisait deux journées de boulot, car on restait
toute la nuit...Enfin, on dormait très peu car il ne faisait
jamais nuit ! On est rentré crevé, mais c'était
tellement bien, on s'est vraiment éclaté...
Vous êtes complètement auto-produit
?
Oui, nous avons tout financé nous même,
on a fait des emprunts à la banque, à nos potes (on,
les remercie tous !). On a bossé (rires)
Quelle est la prochaine étape donc ?
On démarcher les labels, les distributeurs,
les tourneurs, les manageurs...A la rentrée nous avons trois
dates en Italie, puis peut être quelques dates sur Paris.
Puis sur la région, comme d'habitude ?
Pour les labels, des idées précises
?
Oui, Sony Music (rires). Non, sérieusement,
on sait qu'il y pas mal de labels qui connaissent notre noms, nos
démos ont beaucoup circulé et le fait d'avoir jouer
en Angleterre nous a beaucoup aidé
Vous préféreriez avoir un label
européen plutôt que français ?
On ne joue pas une musique qui est très vendable
en France...Déjà on ne chante pas français,
et on n'est pas du tout calibré comme les groupes de metal
français...Quand tu essayes de nous comparer aux groupes
qui marchent actuellement en France, enfin qui marchent le mieux
car il n'y a aucun groupe qui marche vraiment, tu vois bien qu'on
est différent...On a un coté beaucoup plus noise,
et beaucoup plus mélodique, tandis qu'eux accentuent beaucoup
plus sur la "patate" ou le rap. Et on est trop mélodique
pour ceux qui sont bien hardcore, et trop noise/hardcore pour ceux
qui sont mélodiques...
Mais on aimerait beaucoup plaire au public français...Et
c'est important...Mais notre rêve n'est pas de gagner correctement
notre vie en tournant toutes les semaines dans des MJC ou des trucs
comme cela, on aimerait partir en tournée en première
partie de groupe comme Machine Head, etc...Et pour cela, il faut
un label anglais, ou allemand...
Pourquoi ?
On a passé trois semaines avec le guitariste
de Misery Love Company, il nous a raconté plein d'anecdotes,
il nous a expliqué comment marchait le tour support...Pour
te donner une idée, eux, leur label a sortit 11000 £
pour qu'ils fassent la première partie de Machine Head, et
eux étaient payés 10 £ par jour ! Alors que
les groupes français se plaignent tout le temps, mais ils
sont quand même intermittents du spectacle et l'année
prochaine s'ils tournent ils savent qu'ils vont gagner de l'argent,
et cela les gens ne se rendent pas bien compte parfois...
Et d'organiser des concerts sur Lyon, cela vous
apporte quoi ?
Beaucoup de contacts, par exemple Earthone9 !
Donc vous allez enregistrer un morceau avec
leur chanteur ?
Oui, on s'entend super bien avec eux, et on trouve
que sa voix collerait très bien sur une de nos chansons,
donc on va voir, ce n'est pas encore définitif, mais c'est
surtout une histoire d'emploi du temps...
Il y a d'autres personnes avec qui vous voudriez
faire des featuring ? je pense au chanteur de Cobalt par exemple...
A la base on ne savait pas si l'on voulait le faire
sur un premier album, on s'est longtemps posé la question...Pour
le chanteur de Cobalt, si l'on avait pu, il serait venu, mais ce
n'était pas vraiment possible car il fallait venir en Suède...Sinon...fred
Durst ! (rires) Nan, franchement, on avait demandé au chanteur
de System Of A Down, mais il ne pouvait pas...Il a quand même
eu la gentillesse de nous répondre...Ce type est super cool,
et à son niveau et son statut, tout le monde n'aurai pas
eu la délicatesse de le faire.
C'est un groupe dont vous vous sentez proches
?
Ils sont un peu plus barjos que nous quand même...Quelque
part l'esprit est le même, mais là où ils sont
barjos, notre musique est plus sombre...eux c'est un peu plus festif...
Y'a t'il des questions que vous auriez aimé
qu'on vous pause ?
celle là !
Le mot de la fin !
Merci ! Merci de nous avoir donné la parole
! On a pu expliquer un peu notre démarche...
merci à vous aussi ! et vivement la sortie
de l'album....
|