Interview Blockade, septembre 2001

++ Plus d'articles concernant Blockade...

 

Blockade, groupe lyonnais, a presque fini d'enregistrer son album, et nous reçoit donc dans leur local de répétition. Après une écoute plutôt convaincante des premiers enregistrements de "Vague" (enregistré en Suède avec Daniel Bergstrand), nous avons passé un très bon moment à discuter avec eux ! Voici donc une partie de cet entretien...Bonne lecture =)

santagoRe : Pouvez vous vous présenter, dire quand le groupe a été créé ?

Blockade : Le groupe a été créé en 1997, cela va faire 4 ans. Le dernier arrivé dans le groupe est Yoan, il est là depuis novembre 1999, donc le vrai Blockade existe donc vraiment depuis novembre 1999, c'est à cette période qu'on a commencé à composer les morceaux qu'on joue toujours et avec lesquels on tourne. C'est la période où on avait cet esprit de composition. En fait même avant que Flo arrive on avait un autre batteur qui était beaucoup plus metal et cela influençait beaucoup les morceaux, Flo a amené un feeling un peu plus rock et on s'est adapté à lui plutôt qu'il s'adapte à nous...Ensuite Yoan est arrivé et a apporté un groove différent de ce à quoi on était habitués...

Est-ce que Blockade a un sens "particuliers" ?

A la base...En fait " Jah know " et Moi sommes arméniens. Avant System Of A Down n'existait pas et on voulait faire un groupe juste avec que des membres arméniens ! Blockade signifie blocus en anglais et c'est un hommage à ce que subit l'Arménie depuis des années, le blocus économique imposé par la Turquie.

Vos paroles traitent beaucoup de l'histoire de l'Arménie ?

Non...Avant Blockade nous avions trois textes sur le génocide, sur la guerre, mais depuis que Blockade existe, un seul titre parle du génocide, "24:04". Et encore...SOAD a une chanson qui parle du génocide arménien en lui même, mais on ne voulait pas faire le même genre de truc. Dans les paroles, on ne parle pas des massacrés en nombre, il n'y pas d'appel politique, c'est plus l'esprit de souffrance, la douleur...Ce n'est pas politique.

Il n'y a pas de connotation politique alors ?

(jah know et Raz) Nous deux sommes engagés, mais c'est à coté du groupe, cela n'a rien à voir, c'est deux choses différentes. Disons que n'importe qui peut prendre le morceau à sa façon, ce n'est pas écrit "arménien, massacre". On ne cite pas une fois le nom des commanditaires. Cela pourrait parler d'un autre génocide...Mais on explique à tous ceux qui veulent le savoir que cela parle du génocide arménien. Ensuite comme tout l'album, tu peux en faire absolument ce que tu veux, comme les paroles...

Vous parlez de quoi en général ?

De ce que tu veux ! Ce ne sont pas des sujets en particuliers, ce n'est pas concret, c'est plus des sentiments, un état d'esprit. On ne va pas parler de faits divers ou de trucs comme cela. Chaque texte aborde toujours le même thème, c'est un mélange de frustration, de solitude, et aussi un peu de colère...Mais chaque texte de vague, l'album, parle un peu de cela, on part de cela au début, et à la fin il y a une espèce de lumière...

De la lumière...cela fini bien ?

Cela finit bien, il y a de la place pour la lumière, mais il y a toujours une grande partie de noirceur, les textes sont en général...Si tu veux quand j'écris les textes (raz) je pars toujours d'un sujet, par exemple le cauchemar, les dix première lignes vont parler de cauchemar, puis le reste va dévier sur autre chose pour ne plus être concret comme l'idée du cauchemar, mais plus les sentiments que tu as au réveil, tous ce genre de chose...ton odeur du à la transpiration par exemple (rires). Je prends cet exemple, c'est le sujet de "dry", qui à la base parle de cauchemar...Vous pouvez chercher le champ lexical du rêve...Mais tu n'es pas obligé de prendre cela au premier degré, tu peux aussi par exemple imaginer que tu es dans un couloir, que tu n'en vois pas la fin...

Y a t'il un état d'esprit Blockade, comme l'on peut le ressentir sur votre site ?

C'est vraiment la musique, la façon dont l'on compose. On ne veut pas dégager d'image particulière, nous sommes juste une bande d'amis, on fait de la musique et c'est tout...Nous n'avons pas d'image, regarde moi j'ai une gueule de type sorti de mon lit, lui a une tronche d'hardcoreux suisse, lui ce la joue mi punk mi neo metalleux...

Oui, mais par exemple tu disais sur le site, que pour la prochaine tournée cela allait saigner...

Oui, lors d'un concert il faut ressentir quelque chose, et comme notre musique est assez agressive...Mais c'est un peu une caricature ! Ce que j'avais dit, c'est un truc que j'avais entendu à un concert de black metal, "we'll crush you till you fuckin bleed!". Je le ressort pour délirer. Mais c'est clair que beaucoup de gens doivent croire qu'on se prend très aux sérieux, que nous faisons toujours la gueule à nos concert, qu'on ne communique pas trop, mais c'est plus du au stress qu'autre chose...

On essaye pas de donner de leçon aux gens, on fait de la sic et c'est tout...

Une fois tu (raz) m'avais dit que vous n'étiez pas un groupe de scène ?

On a pas mal expérimenter, on a beaucoup fait cela en studio, donc on se sent plus à l'aise en concert. Maintenant le problème avec la scène, c'est qu'on avait toujours des mauvaises conditions. Vous nous avez toujours vu sur Lyon et sa région, et franchement, ici ce sont nos plus mauvais concerts..

Votre meilleur concert ?

Nottingham, la dernière date de la tournée anglaise, un accueil terrible, notre cd était dans le juke-box, les types connaissaient nos morceaux, c'était notre 7eme concert en une semaine et nous étions rodés...C'était un concert de Barjos !! C'est une date incomparable...On a pu rencontrer Pitschifter, Earthtone9...Tous les mecs du milieu du metal bougeaient là bas tous les week-end.

Quand on a commencé on imaginerait pas un jour qu'on jouerait en Angleterre...Un pays qui est très business au niveau de la musique. En France, là ou un groupe local français peut toucher 3000 frs de cachet, un groupe signé anglais touche 1500 frs...On a perdu beaucoup d'argent à jouer là bas, il y a même une date où on nous a payé 20 frs ! Mais on changé d'air, rencontré de nouvelles personnes...

Pour en revenir à la musique elle même, quelles sont vos influences principales ?

Yoan : j'écoute beaucoup de punk, machine head, après j'ai découvert en entrant dans le groupe les trucs comme shovel, the gathering, deftones...

flo : moi je fonctionne par période, une semaine je vais écouter jeff buckley, la semaine d'après kickback, il n'y a pas vraiment de groupes que je préfère...

jah know : Moi j'ai eu une seule période : Sepultura !! et System of a Down aussi

Raz : Machine Head !! The Gathering et pleins de trucs assez expérimentaux.

Mais qu'est ce qui vous influence dans la composition ?

Rien de particuliers, c'est un melting pot de plein d'influences différentes. A la base la raison pour laquelle nous avons enregistré un album, ce n'était pas pour démarcher les maisons de disques, pour des trucs purement business, c'était pour proposé un truc intéressant à écouter, le plus varié possible.. On a sorti deux démos trois titres, c'est cool mais c'est très frustrant car on ne peut pas donner de relief avec trois titres. Les personne qui écoutent ne peuvent pas faire se faire un avis sur le groupe. Sur 3/4 tu as tout à fait le temps d'amener un passage calme sans faire de collage de riffs, ensuite de faire quelque chose de plus noisy, retourner à un truc beaucoup plus lourd, ou faire un truc bordélique comme on a l'habitude d'en faire, etc...

Je pense qu'on est influencé par tout ce qui nous passe par les oreilles...Ce qu'on entend à la radio, dans le métro, chez nous...

Vous parlez d'être bordélique...

On a pas créé de style, mais on différent des autres et on a un petit truc qui fait qu'on reconnaît que c'est du Blockade...Un riff vachement noise par dessus une basse mélodique, riff qui va faire en sorte que ce soit la basse qui donne le ton...Mais cela tu t'en rends compte que si tu as bien écouté notre musique. Pour l'album on enregistré les guitares d'abord, puis on a enregistré la basse par dessus...Donc bref, quand on compose on est bordélique, les groupes généralement commencent par le début, nous on commence par le pont, puis par la fin du morceau, on revient à l'intro, puis au couplet, on compose par petits morceaux et pas en suivant le fil du truc...

Les nouvelles compositions sont plus mélodiques, vous pensez vous dirigez vers cela ?

En fait on eu plusieurs idées, et finalement on compose comme cela, et cela rend plus calme. C'est aussi du au fait d'être allé en Suède pour enregistrer l'album, dans le studio il y avait toujours les même skeuds, meshuggah, misery loves co, tous les trucs death metal du coin, on en avait trop marre d'écouter que cela, il nous a fallu du temps pour digérer tout cela, et donc quand on est rentré, on a composé des choses plus mélodiques...

Il y a quelque chose qui me surprend un peu dans cette évolution...

La plus grosse différence c'est que Raz chante beaucoup plus qu'avant...Plus le temps passe et plus la sic devient mélodique, mais on en a jamais parlé ensemble, c'est comme cela, c'est tout...On essaye juste de rendre note musique la plus intéressante possible, on expérimente beaucoup en studio, parfois cela part dans tous les sens...

Concernant l'album, comment avez vous choisi le producteur ?

c'est un ensemble, au départ on avait contacté plein de gens, on a demandé des devis de partout, en Belgique, en Suisse, aux Etats Unis, en France, pendant un mois il était question que ce soit le guitariste et le chanteur de skinlab qui avait reçu notre démo parce que j'étais en contact avec sa femme (rires - mais nan rien de...) qui nous produise, mais cela ne s'est pas fait, donc on appelé Daniel Bergstrand, il nous a rappelé le lendemain, puis on a bien discuté, et on a signé avec lui...

Alors comment s'est passé le voyage en Suède ?

Les hôtesses de l'air étaient très gentilles...On est parti de Lyon jusqu'à Paris, de Paris direct jusqu'à Stockholm, arrivés à Stockholm...rires oui, on a enregistré du 28 mai au 20 juin. On a passé 5 jours sur la batterie, 12 jour sur la gratte, 2 jours sur la basse, et raz a eu une extinction de voix...Et c'est pour cela qu'il y retourne. De toute façon, s'il avait chanté nous n'aurions pas eu le temps de mixer, donc il aurait fallu y retourner...

Et le pays ?

L'état d'esprit n'a rien à voir...Ils sont tous très ouvert d'esprit...La ville où nous étions, il y avait des studios d'enregistrements de partout...

Vous pensez qu'en France il y a moins cette ouverture d'esprit ?

Oui, c'est clair...Tu remarques cela dans la presse, les médias...En France tu as des magazines spécialisés rock, d'autres neo metal, d'autres metal extrêmes, rien ne se mélange, chacun reste dans son truc...Là bas tout est mélangé, tous les styles se mélangent et tout le monde s'entraide ! En France on s'entraide surtout dans un même style...et en Suède, les deaths metalleux sont en pattes d'eph !

Cela vous a marqué les pattes d'eph !

Oui, c'est parce que Flo a lancé une blague, "pattes death metal" (rires) (note du webmaster, avec blockade on ne s'ennuie pas lol)

Bergstrand a beaucoup influencé votre travail ? vous êtes arrivés avec des idées très précises ?

On avait un peu peur de cela justement, on s'était mis en tête des choses précises...Il nous imposait rien, mais nous proposait pas mal de choses. Le seul truc sur lequel ils ont été très stricte, c'est la précision...car nous avions l'habitude d'enregistrer dans un studio, que l'on salue au passage, le gramophone, et qui est tenu par un mec qui est très rock'n'roll dans l'âme, "ah tiens j'ai marché sur un jack, garde le bruit c'est super cool". Avec Bergstrand fallait que chaque truc soit bien à sa place, les deux étaient des perfectionnistes ! Si tu veux savoir si on a galéré, c'est oui !

Justement le fait que vous soyez bordéliques, cela vous a gêné ?

Mais c'est du bordel organisé ! Le bordel est dans la structure de nos morceaux...c'est vicieux car c'est le bordel sans être le bordel. c'est le bordel car il y a plein d'éléments différents dans la musique en même temps, mais par contre il y a toujours le même tempo, des
couplets, des refrains...

Cela vous a fait progressé dans votre jeu ?

Oui, quand tu passes 15h sur 24 à faire de la musique pendant trois semaines, tu progresses ! On vivait sur place et ils nous avaient appris à nous servir du matos, donc on s'enregistraient nous même, et chaque jour c'était comme si on faisait deux journées de boulot, car on restait toute la nuit...Enfin, on dormait très peu car il ne faisait jamais nuit ! On est rentré crevé, mais c'était tellement bien, on s'est vraiment éclaté...

Vous êtes complètement auto-produit ?

Oui, nous avons tout financé nous même, on a fait des emprunts à la banque, à nos potes (on, les remercie tous !). On a bossé (rires)

Quelle est la prochaine étape donc ?

On démarcher les labels, les distributeurs, les tourneurs, les manageurs...A la rentrée nous avons trois dates en Italie, puis peut être quelques dates sur Paris. Puis sur la région, comme d'habitude ?

Pour les labels, des idées précises ?

Oui, Sony Music (rires). Non, sérieusement, on sait qu'il y pas mal de labels qui connaissent notre noms, nos démos ont beaucoup circulé et le fait d'avoir jouer en Angleterre nous a beaucoup aidé…

Vous préféreriez avoir un label européen plutôt que français ?

On ne joue pas une musique qui est très vendable en France...Déjà on ne chante pas français, et on n'est pas du tout calibré comme les groupes de metal français...Quand tu essayes de nous comparer aux groupes qui marchent actuellement en France, enfin qui marchent le mieux car il n'y a aucun groupe qui marche vraiment, tu vois bien qu'on est différent...On a un coté beaucoup plus noise, et beaucoup plus mélodique, tandis qu'eux accentuent beaucoup plus sur la "patate" ou le rap. Et on est trop mélodique pour ceux qui sont bien hardcore, et trop noise/hardcore pour ceux qui sont mélodiques...

Mais on aimerait beaucoup plaire au public français...Et c'est important...Mais notre rêve n'est pas de gagner correctement notre vie en tournant toutes les semaines dans des MJC ou des trucs comme cela, on aimerait partir en tournée en première partie de groupe comme Machine Head, etc...Et pour cela, il faut un label anglais, ou allemand...

Pourquoi ?

On a passé trois semaines avec le guitariste de Misery Love Company, il nous a raconté plein d'anecdotes, il nous a expliqué comment marchait le tour support...Pour te donner une idée, eux, leur label a sortit 11000 £ pour qu'ils fassent la première partie de Machine Head, et eux étaient payés 10 £ par jour ! Alors que les groupes français se plaignent tout le temps, mais ils sont quand même intermittents du spectacle et l'année prochaine s'ils tournent ils savent qu'ils vont gagner de l'argent, et cela les gens ne se rendent pas bien compte parfois...

Et d'organiser des concerts sur Lyon, cela vous apporte quoi ?

Beaucoup de contacts, par exemple Earthone9 !

Donc vous allez enregistrer un morceau avec leur chanteur ?

Oui, on s'entend super bien avec eux, et on trouve que sa voix collerait très bien sur une de nos chansons, donc on va voir, ce n'est pas encore définitif, mais c'est surtout une histoire d'emploi du temps...

Il y a d'autres personnes avec qui vous voudriez faire des featuring ? je pense au chanteur de Cobalt par exemple...

A la base on ne savait pas si l'on voulait le faire sur un premier album, on s'est longtemps posé la question...Pour le chanteur de Cobalt, si l'on avait pu, il serait venu, mais ce n'était pas vraiment possible car il fallait venir en Suède...Sinon...fred Durst ! (rires) Nan, franchement, on avait demandé au chanteur de System Of A Down, mais il ne pouvait pas...Il a quand même eu la gentillesse de nous répondre...Ce type est super cool, et à son niveau et son statut, tout le monde n'aurai pas eu la délicatesse de le faire.

C'est un groupe dont vous vous sentez proches ?

Ils sont un peu plus barjos que nous quand même...Quelque part l'esprit est le même, mais là où ils sont barjos, notre musique est plus sombre...eux c'est un peu plus festif...

Y'a t'il des questions que vous auriez aimé qu'on vous pause ?

celle là !

Le mot de la fin !

Merci ! Merci de nous avoir donné la parole ! On a pu expliquer un peu notre démarche...

merci à vous aussi ! et vivement la sortie de l'album....

 

   
  ©Santagore.com-all rights reserved-2005