Marcel Et Son Orchestre - Chateauroux - Mars 2007
Interview + review

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Review du concert

Jeudi 15 mars, Bulle de Belle-Isle, Châteauroux, Indre. Pas trop de monde pour le concert des Breuvachons et de Marcel et son Orchestre, mais quand même.

Les Breuvachons, c’est LE groupe mythique de la région, qui mélange musique traditionnelle avec de la sauce moderne et du chant à la punk. Je comprends vite que tout le monde ou presque est venu pour les supporter, en plus ce soir ils enregistrent leur premier DVD live et présentent leur second album « Définitivement Breuv’s ». Et c’est parti pour une heure et demie de première partie, de vielle à roue, de cornemuse, de flutiau, de basse et de gratte, entre autres. Le style des Breuv’s est original, mais manque de guitare saturées à mon goût. En tout cas l’énergie est là. Mais, le concert, je ne l’apprécierai qu’à moitié : la sono n’est pas top, on ne comprend rien de ce que dit le chanteur, pour les néophytes comme moi c’est pas toujours évident. Mais pour leur public, venu en masse c’est que du bonheur, du pogo et de la danse bras dessus-bras dessous.

Fin de la première partie, je n’en crois pas mes yeux. La fosse se vide, la moitié des gens s’en vont, ils ont vu les Breuv’s c’est tout. Tant mieux pour moi, je serai plus à l’aise pour jumper ! Arrivent enfin les fous-furieux déguisés, et c’est parti. Une heure et demie presque deux de show, de pogo, de titres cultes et de nouveautés, bref, un putain de concert ! (pardon maman : je voulais pas dire de gros mots.) Parmi les grands moment que je retiens, tout le monde assis pour que Mouloud nous raconte que Marine Le Pen est une Holson, la farandole dans tout le public avec Bouli « la danse la plus conne du monde », les grands classiques qui déchainent tout le monde « Les neurones à crête », « Les médiseuses », « René » et j’en passe. Bref, on sort de la épuisé et repus, avec la banane, entre un sentiment de félicité humoristique et les courbatures de rigueur, signes d’un concert bien réussi. Et puis on rentre à moitié sourd, encore mort de rire, ça c’est bon signe. Alors, par contre attention Marcel, Châteauroux c’est dans le Berry pas dans le Loir-et-Cher, vous avez failli vexer les berrichons indépendantistes !

Marcel Et Son Orchestre - Interview

L'interview, Rencontre avec Mouloud (chanteur) et Bouli (guitariste), Festival Bonjour les Hirondelles, du 15 au 17 mars, Châteauroux (36)

On les connaît depuis des années, 20 ans qu’ils abreuvent nos oreilles d’un son entre ska, punk, rock et chansons, et qu’ils arpentent les routes de France et de Navarre. Marcel et son Orchestre, c’est huit énergumènes, volontairement franchouillards originaires du Pas-de-Calais, mais à qui le bon sens et l’humour ne manquent jamais, surtout dans les textes. Rencontre après la balance, lors de leur passage dans le trou du cul de mon monde, Châteauroux.

Comment est né Marcel et son Orchestre, même si on vous connaît depuis longtemps ?

Il est venu au monde à la fin des années 1980, à Boulogne sur mer. En fait, le nom existait avant que le groupe ne se forme. On était une sorte de collectif d’attentats fantaisistes. On avait surtout envie de s’amuser, on se moquait vachement des mouvements lycéens de l’époque. Tu sais, ils avaient tous un look guérilla urbaine et ils n’arrêtaient pas de hurler « LAISSEZ NOUS FINIR NOS ETUDES ! ». Nous on était plutôt du genre, ceux qui sont au fond et qui se marrent comme des baleines ! Alors on a commencé à manifester pour la suppression de la moquette murale par exemple, puis on a milité pour avoir une meilleure arrière-saison dans le Pas de Calais, on en avait marre du froid. Bon, tout ce qu’on a eu c’est « L’été indien » de Joe Dassin sur une radio locale, mais ça nous a fait plaisir !

Au delà de la dérision que vous donnez à voir et entendre, on se doute que vous êtes un peu punk dans l’âme quand même ?

Bien sûr ! On vient tous de ce mouvement là, on est fan de punk et de rock. On croyait que ces mouvements allaient faire vraiment bouger les choses à cette époque, mais on s’est vite rendu compte que c’était comme tout mouvement, très codifié et rempli de stéréotypes. Genre, si t’es un vrai punk, t’es obligé d’avoir une crête sur la tête et de dire « destroy » toutes les deux phrases avec ton jeans déchiré, pareil aujourd’hui, c’est hyper rock’n roll d’avoir l’air de se faire chier en soirée et d’avoir une mèche sur la gueule. Nous on a voulu jouer avec ses codes, et les envoyer valser. Rien que le nom Marcel c’est un handicap, ça fait tout de suite groupe de baloches alors qu’on est plutôt rock’n roll. C’est pour dire aux gens « méfiez vous des apparences ».

D’où vos fameux déguisements, souvent imités et jamais égalés ?

Exactement ! Le déguisement, c’est notre exutoire, on adore ce côté renversement des normes de bonne conduite. On invite le public à mettre à mal ces codes, à se lâcher complètement, à venir faire la fête avec nous. On leur dit « Allez on s’en fout, personne vous regarde ! » C’est notre signature. On se sert de l’absurde comme un rempart un peu aussi, et parfois au risque de passer pour des simplets, mais on s’en fout. Comme disait Bobby Lapointe « Comprend qui veut, comprend qui peut ! ».

Comment définissez-vous votre style ?

Oh, on est curieux de tout t spécialistes en rien ! Je sais pas, on fait de la chanson. Mais bon, maintenant y’a une distinction avec la chanson à textes, pour dire, les autres chansons, elles n'ont pas de textes, elles disent rien !! C’est n’importe quoi ! (rires) Enfin, on fait surtout de la musique selon le sentiment qu’on ressent, genre si on est en colère ça sera plutôt rock ou punk, et si on veut raconter l’histoire d’un mec pas doué avec les nanas, on va la faire plutôt sur un calypso. C’est une question de feeling quoi, mais toujours dans le délire danse, déconne, dénonce.

La politique c’est un peu une de vos préoccupations ?

Oui, surtout Mouloud. (Il enchaîne) A ce sujet, ce que je veux dire, c’est qu’on a longtemps dénoncé le bi-partisme à l’américaine, et c’est ce qui est en train d’arriver en France en ce moment avec les présidentielles. Je pense qu’il faut un réveil de ce côté là, le problème c’est que plus personne ne s’insurge de ce genre de choses. La démocratie doit être multiple, sinon on ca droit dans le mur. Alors si la droite et la gauche c’est effectivement la même chose comme le disent certains, c’est quoi l’alternative, le FN ? NON, c’est une véritable dérive.

Après 20 ans de scène, vous avez toujours le même sentiment au moment de jouer en public, toujours ces petits guilis dans le ventre ou plutôt une routine qui s’est installée ?

Oh non pas du tout ! Tu te rends compte, au bout de 20 ans, y’a encore des tas de gens qui viennent déguisés, pour faire la fête avec nous ! Comment rester indifférent face à ça, c’est énorme !!

Enfin, les Fatals Picards à l’Eurovision, ça vous fait plaisir ? Et à quand Marcel à l’Eurovision ?

(rires) Non mais nous on peut pas, c’est maximum six sur scènes, donc bon…Non mais en même temps ça nous arrange comme ça on nous demande pas d’y aller !! Mais pour les Fatals c’est génial, ça prouve une certaine ouverture de la France, et c’est un beau pied de nez aux habitudes de cette compétition !

Textes et Photo par Leeloo
Merci à Peggy pour son accueil, et à V2 et Méso.


 

   
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