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C’est dans la salle du restaurant le Black Calvados que va
se dérouler la conférence de presse. Initialement
prévue dans l’Hôtel de Sers, juste en face, la
rencontre du troisième type a lieu dans cet endroit qu’il
apprécie particulièrement. Et on comprend rapidement
pourquoi une fois à l’intérieur de la salle.
Les murs sont noirs, les tables sont noires, les chaises sont noires,
les rideaux sont noirs, et les cameramen venus en nombre pour filmer
la conférence commencent à flipper. On n’y voit
pas grand chose, malgré la ribambelle d’ampoules à
faible éclairage alignée sur les murs. En ce qui me
concerne, pas de soucis, je ne filme pas. Le dictaphone est calé,
les piles à bloc, le bouton « Enregistrer » prêt.
Commencent alors quelques longues minutes d’attente, de stress
qui monte. Un téléphone sonne, celui de Delphine,
l’attachée de presse qui organise la conférence,
c’est le signal, Il arrive. Manson s’installe, un verre
à la main, une dizaine de caméras braquées
sur lui et autant de dictaphones sur la table. Une petite blague
pour détendre l’atmosphère et c’est parti
pour une vingtaine de minutes de question-réponse entre Manson
et nous.
Quelles sont les influences de « Alice aux pays des
merveilles » sur « Eat Me Drink Me » ?
En fait, ce n’est qu’en partie inspiré par «
Alice ». Le concept d’être « consommé
» par quelqu’un remonte pour moi au mythe du Christ.
Un homme qui est devenu un symbole et ensuite une religion, qui
est consommé par tous ceux qui croient en cette religion.
Ce disque est le symbole de Marilyn Manson devenant humain pour
la première fois. Disons que je veux être consommé
par quelqu’un, ce qui est un très beau geste de sacrifice
et de soumission dans une histoire d’amour. C’est une
idée très romantique, au sens littéral du terme.
Si je devais choisir une façon de mourir, je voudrais être
dévoré vivant par quelqu’un dont je suis amoureux.
Où en est le projet de film Phantasmagoria ?
Il a été mis en suspend en octobre je crois, quelque
chose comme ça. Le tournage était sensé se
dérouler quand je travaillais sur l’album. L’année
dernière, je crois que j’ai commencé à
être agacé par le personnage que j’écrivais,
qui devait être Lewis Caroll. En fait j’étais
en train d’écrire sur moi. Je pense que c’est
bien d’avoir une certaine distance avec le film, je vais pouvoir
avoir une meilleure perspective. A ce moment là, le disque
n’existait pas et je ne pensais pas que j’allais l’écrire,
parce que j’étais dans une période où
je ne voulais plus rien faire du tout. J’étais totalement
perdu… je n’avais jamais été dans cet
état là avant, et plus jamais je ne veux être
comme ça à l’avenir. Dans cet album, on me voit
renaître, on voit une histoire d’amour se terminer,
et une autre commencer. Bien qu’il ne soit pas tant que ça
basé sur ma vie personnelle, ce disque est quand même
un moyen de comprendre ce qui m’est arrivé. Il y a
une partie de moi dans ce disque car je l’ai écrit
de manière immédiate. Dans le premier titre, quand
je dis «Christmas morning 6 am » , c’est exactement
le moment où j’ai écrit ce morceau, et je l’ai
chanté le même jour. C’est à peu près
de cette manière que fonctionne tout l’album.
On remarque de gros changements au niveau musical, quelles
ont été vos influences pour la musique d’ «
Eat Me Drink Me » ?
Il faut replacer les choses dans leur contexte, l’année
dernière. En tant que chanteur, je n’arrivais à
rien, à cause de ma relation. Je me suis mis dans une position
où j’étais supposé changer ma façon
d’être. J’ai l’habitude de vivre d’une
certaine façon, assez différente à vrai dire,
c’est simple : j’aime aller me coucher quand le soleil
se lève et me lever quand il se couche. D’une certaine
façon, c’est un comportement de vampire classique,
pour moi c’est amusant, mais… quand j’ai eu à
changer cette façon de vivre, à cause du mariage,
j’ai eu l’impression qu’on me demandait de changer
qui j’étais, et je n’avais plus envie d’être
moi. Donc je n’avais plus envie de faire de la musique, et
je suis presque arrivé à un point où je n’avais
plus envie de vivre. Pendant cette période, j’écoutais
par exemple Diamond Dogs (David Bowie), Ok Computer (Radiohead)
et Purple Rain (Prince). Je pense que j’ai essayé de
faire un album que j’aurai envie d’écouter, parce
que d’habitude je n’écoute pas ma musique. Mais
cet album là, je prends plaisir à l’écouter,
parce que c’est le genre de musique que j’écoute
en général. Il est plus mélodique, plus orienté
sur la guitare et mon chant aussi est à un niveau supérieur.
J’ai vraiment voulu chanter sur cet album, la musique a placé
la barre assez haut, j’ai vraiment voulu être un bon
chanteur sur ce disque.
Il y a de nombreux solos très complexes sur l’album,
savez-vous déjà qui va être à la guitare
pendant la tournée ?
Oui absolument. Tim Skold, qui a produit le disque avec moi et
qui y fait la guitare et la basse aussi, va être sur la tournée.
On a déjà un nouveau bassiste aussi, il s’agit
de Rob Holiday, qui était avant dans The Prodigy et qui nous
a rejoints à présent.
Si vous pouviez décrire l’album en trois mots,
quels seraient-ils ?
Quatre ? EAT ME DRINK ME ? (rires) Non, sérieusement…Je
lisais des livres comme « Lolita » ou je regardais «
Bonnie & Clyde » pendant l’écriture de l’album,
dans lesquels il y a un regard fatal et romantique ce que devrait
être l’amour, c’est-à-dire, c’est
tout ou rien. Et à l’époque, une relation amoureuse
s’est terminée pour moi et j’ai commencé
à regarder les histoires d’amour comme devant être
tout ou rien. Quelqu’un doit être capable de se jeter
devant une voiture par amour pour vous, et pas seulement parce que
vous venez d’y monter.
Parler de vous personnellement dans vos albums n’est
pas quelque chose que vous avez l’habitude de faire. Est-ce
que vous avez déjà voulu le faire sans le pouvoir
parce que cela ne collait pas au concept des albums ?
Je sais que dans le passé, je me sentais restreint à
certaines choses que j’étais supposé écrire,
directement parce que cela pouvait affecter les gens qui se trouvaient
autour de moi. EMDM est le disque où je me suis senti le
plus libre, où je pouvais dire normalement ce que je ressentais.
Mais ce disque est aussi une tentative de séduction, j’ai
voulu l’écrire à la manière d’une
performance live. Il y a plein de gens autour de moi quand je suis
sur scène à qui j’essaie de faire ressentir
quelque chose. Avant, quand j’écrivais un disque, je
mettais tout le monde dehors, alors que là, même quand
j’enregistrais certains morceaux, il y avait des gens avec
moi et je leur jouais les chansons. D’ailleurs, la majeure
partie des chansons, je les ai enregistré allongé
sur le sol, c’était assez confortable comme ça
!
Vous avez changé d’identité musicale
sur cet album, qu’en est-il de votre identité visuelle
?
Est-ce que vous voulez parler de la taille de mon pénis
? (rires) Pardon il fallait que je la fasse celle-là ! Je
pense que cette tournée va être plus théâtrale
que la précédente. J’aimerai que cela soit centré
sur moi en tant que chanteur, en tant que performeur. A la minute
où j’ai écris « If I was your vampire
», j’ai tout de suite su que ça serait la chanson
d’ouverture du spectacle, la première chanson de l’album
également. J’essaie juste de redevenir à l’aise
à être Marilyn Manson, peu importe ce que ça
pourrait être, mais c’est juste ce que je suis. Je ne
sais pas si j’ai bien répondu à votre question,
mais si vous essayez de me dire que je suis canon, je suis d’accord
avec vous ! (rires)
Comment pensez-vous que vos fans vont réagir à
la nouvelle direction que vous semblez prendre ?
Je pense qu’il est difficile de déterminer la définition
de fans, sauf que j’ai voulu amener les gens avec moi dans
cette direction. Alors pour moi ce sont les gens qui ne m’ont
jamais aimé, les gens qui ne n’ont jamais écouté
ma musique ou encore les gens qui ont une certaine idée de
moi et qui découvrent que j’ai changé. Ma principale
intention était de convaincre les gens de ma sincérité,
et de la nouvelle force que j’ai trouvée en écrivant
ce disque. Ce disque m’a pour ainsi dire sauvé, s’il
n’existait pas je n’existerais plus.
Etait-ce Ginger qui assurait la batterie pour l’enregistrement
de l’album ?
Oui tout à fait, mais ce disque est surtout une étroite
collaboration entre Tim Skold et moi, et aussi une vraie intention
de ma part de faire sonner ce disque comme la performance d’un
groupe en live. Et ça, ça a été la partie
facile pour moi, le pus dur a été de chanter. Je n’y
suis pas arrivé jusqu’en octobre, je n’arrivais
à rien jusqu’à ce que finalement je chante la
première chanson, qui a du être « Just a car
crash away », et à partir de là, tout est sorti
d’un coup, et c’est enfin devenu facile pour moi. Ca
a été dur mais c’est arrivé plus vite
que jamais.
Pouvez-vous nous parler un peu plus du single, son histoire,
ce qu’il signifie pour vous ?
J’ai écrit la chanson alors que je lisais «
Lolita », et à cette époque j’étais
très proche d’Evan Rachel Wood qui est ma petite amie
maintenant. Un jour, elle est venue me voir et elle portait des
lunettes en forme de cœurs, comme Lolita, et c’est ainsi
qu’est née la chanson, un peu comme pour toutes les
chansons de l’album. C’est une sorte de pointe humoristique
par rapport à des commentaires qu’ont fait certaines
personnes du fait qu’elle soit beaucoup plus jeune que moi.
J’ai réalisé le clip moi-même, dans lequel
j’utilise une technique 3D empruntée à James
Cameron. Pour le moment c’est plutôt un court-métrage,
je ne sais pas encore ce qu’il va en ressortir. Il est déjà
assez controversé parce qu’il y a un contenu considéré
comme pornographique. J’ai voulu qu’Evan soit dans le
clip, mais en tant qu’actrice, et je la respecte en tant que
telle.
Quand « Antichrist Superstar » est sorti, vous
aviez déclaré que cela serait toujours un travail
évolutif, pensez-vous que peut-être ce nouvel album
est une manière de montrer un antéchrist grandi, qui
a vécu au coté des humains et ressenti le plus puissant
des sentiments, l’amour, et qui raconte ce qu’il a ressenti
?
Quelqu’un m’a dit hier, que le monde entier avait essayé
de me détruire et que la seule chose qui m’ait vraiment
rendu faible c’est les femmes. Je crois que cela fait parti
du mythe du vampire, qu’on ne peut détruire qu’en
le poignardant en plein cœur, alors c’est peut-être
la même chose pour moi. C’est amusant que ce disque
au final semble me montrer plus mature parce que je suis arrivé
à un point de ma vie où je suis supposé être
plus mature, plus adulte, plus responsable, être marié,
ce genre de choses, qui ne fonctionnent pas pour moi. Je suis en
fait plus immature, enfin juste moi, alors on peut peut-être
parler d’expérience. Mais j’ai fait une peinture
que j’ai appelé « Expérience est la maitresse
des fous », je suis aussi un peu contradictoire. Mais si «
Antichrist Superstar » est un travail évolutif, c’est
définitivement une partie de tout ça, d’une
manière assez étrange.
Pouvez-vous nous donner quelques détails sur la
prochaine tournée ?
A part dire que Tim Skold sera à la guitare, et qu’il
y aura aussi d’autres surprises dans le line up, que la première
chanson sera « If I was your vampire », mais rien n’est
décidé encore… Je vais faire en sorte que cette
tournée soit aussi théâtrale que « Mechanical
Animal ». Pour la partie US, on a choisi de jouer avec Slayer,
ce qui est très inattendu. Vous savez quand j’étais
petit il y avait ce livre « Satan est en vie et il vit sur
terre », et cette tournée sera un peu une quête
pour le localiser. Je souhaite faire ressortir l’obscurité
qui est en moi.
Texte recueilli et retranscri par Leeloo
Merci à Noémie Delphine et de Webpromo.
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