Christian Carvin : Portrait

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Christian Carvin

Christian Carvin a délaissé son Studio « All Production » d’Aix-En-Provence pour une escapade lyonnaise dont il nous en livre ici les raisons, parmi d’autres sujets très intéréssants. L’occasion pour nous d’en savoir un peu plus sur ce producteur qui monte et qui n’a pas fini de faire parler de lui...

Une petite présentation ? Qui est Christian Carvin ?

Et bien, comme pas mal d’ingé son, j’ai commencé dans un groupe, en tant que guitariste. En parallèle je faisais une formation en IUT Scientifique « Mesures Physiques ». Et comme j’ai vu que mon avenir en tant que guitariste était plus ou moins compromis... je me suis orienté vers la technique, et ça m’a tout de suite bien plu. C’est comme ça que j’ai monté mon studio d’enregistrement en 1996. J’ai commencé par enregistrer un groupe de punk qui s’appelait Stranded, un petit groupe de punk rock mais qui a un petit peu tourné, ce qui m’a permis d’embrayer sur d’autres groupes de punk. Et petit à petit, par la suite, mon champ d’action s’est élargit tant du point de vu géographique que des styles. Ca a évolué vers tout ce qui est hardcore, métal et même rock, voir d’autres styles, mais on va dire qu’à 80% je fais des trucs typés rock. Et en parallèle, du fait de ma formation scientifique j’ai pu donner des cours d'acoustique au GRIM-EDIF de Lyon.

Est-ce que faire du son a quand même été un projet d’avenir... ?

Comme je te disais, plus jeune, je voulais faire de la guitare, et je me suis rendu compte qu’il fallait vraiment travailler, avec énormément d’acharnement car c’est un instrument très difficile. Je m’étais dit qu’il me serait peut-être plus évident de travailler dans la technique, et j’y ai trouvé des choses très intéressantes, donc même si ce n’était au départ, pas vraiment ce que je voulais faire, au final c’est devenu une passion, et je suis très content d’être parti dans cette direction.

Comment se font en général les diverses collaborations ? Tu sembles assez proche des labels Customcore et Disagree par exemple, pour lesquels tu as enregistré pas mal de disques...

La plupart du temps les gens me contactent parce qu'ils ont entendu une de mes productions et parfois aussi il arrive que des labels orientent les groupes vers mon studio. En ce qui concerne mes collaborations avec "Disagree" et "Customcore", je connais tres bien Momo et Mika qui gèrent ces structures, on s'entend très bien tant d'un point de vue humain que musical, ce qui fait que nous travaillons souvent ensemble ! J'ai eu aussi la chance de collaborer avec d'autres structures comme "Exclaim" pour le groupe "Fickle" ou SPV pour le groupe "The More I see".

Justement à propos de The More I See, comment sont-ils arrivé à enregistrer avec toi ?

Et bien en fait ils ont écouté un disque que j’avais fait avec les Fat Society, que j’avais d’ailleurs enregistré en très peu de temps, « Through The Pain I Suffer With A Smile ». Ils ont écouté ça en Allemagne et le guitariste, "Gizz Butt" m'a envoyé un mail, pour prendre des renseignements sur le studio. C‘était une expérience très éprouvante psychologiquement parce que c’était une exigence que je n’avais jamais rencontrée auparavant, mais ça m’a appris énormément de choses, d’autant plus que j’ai pu avoir Andy Sneap quelques fois au téléphone, qui m’a filé pas mal de tuyaux. Ces choses là, j’ai pu les répercuter par la suite avec d’autres groupes, c’était une super expérience.

Tu sais où en est le groupe actuellement ?

L'album a reçu un bon accueil. Ils ont fait un clip qui passe sur MTV et ils ont fait une tournée avec Mastodon...

En travaillant dans un studio, tu es amené à endosser plusieurs casquettes comme ingé son, producteurs artistiques, tu fais du mix...

Oui, quand le groupe me laisse endosser toutes ces casquettes là c’est avec plaisir que je le fais. Quand je le peux j'essaye de rajouter une touche personnelle à la production et/ou sur les l’arrangements.

As-tu ce qu’on pourrait appeler des modèles dans ce métier ?

Il est clair qu’avec les prods. Américaines ou anglaises comme celles de Ross Robinson, Colin Richardson, Rick Rubin, Ryan Green... on se rend compte que ces mecs là ont des oreilles de fou, ce qu’ils font est vraiment génial. J’essaye effectivement de prendre un petit peu dans chacun. Des fois en écoutant un disque je me dis « Tiens, il a dû faire comme ça ! » alors j’essaye, des fois ça ne marche pas, des fois ça marche, donc ça m’ouvre des portes. Après je n’ai pas de modèle en particulier. Je pense que chez chacun il y a des trucs très bien et en piochant chez chacun d'eux j’essaye de créer mon propre style.

J’ai l’impression que ces producteurs, étant tellement bons, dénaturent certains groupes, qu’ils cachent la réalité et que lorsque tu vois certains de ces groupes en live tu te poses des questions... (Ndlr : L’exemple de Fear Factory est bien encré dans mon cerveau !)

J'imagine la pression qu' exerce les maisons de disques ! Pour ces producteurs ce ne doit pas être toujours facile de composer entre les exigences des labels et celles des musiciens ! Pour ma part j'essaye de les mettre en valeur au maximum, je puise dans le mieux qu’ils savent faire en essayant d’aller dans la direction qu’ils souhaitent. Certains groupes ne veulent pas que leur disque soit sur produit, je pense notamment à Fat Society. Avec le deuxième disque ("Illusion’s Demise") on est peut-être trop aller dans une direction de production parfaite et ce n’était peut-être pas la bonne idée. Aujourd’hui je réalise cela, il faut vraiment écouter le groupe, beaucoup discuter dès le départ, pour savoir dans quelle direction partir, sans le dénaturer. Ce n’est pas à toi de transformer le groupe, le groupe vient et c’est à toi de t’adapter au groupe, c’est une sacrée leçon que j’ai apprise il y a quelque temps.

Suis-tu les divers travaux réalisés par tes confrères francophones comme Stéphane Buriez, David Weber, Stéphane Kreamer, Francis Caste, Julien Biguet, Jordan Master, André Gielen... ?

Oui bien sûr, j’écoute ce qu’ils font parce que leur travail est assez bien diffusé, comme Black Bomb A pour Stéphane Buriez. Moi je ne vais pas vraiment chercher ces gens là, ce sont plutôt les groupes qui m’amènent les productions car je n’ai pas trop le temps de farfouiller, ils me disent « Tiens, écoutes ça, c’est pas mal ! ». Et donc je peux suivre effectivement ce qu'ils font. C’est clair qu’il y a du beau monde en Europe quand même avec Tue Madsen, Bergstrand, Weber... c’est costaud ! (Rires)

Et en parallèle à ton travail d’ingé son, tu es aussi formateur au Grim de Lyon... J’ai cru comprendre que tu étais assez exigent en tant que formateur. Peut-on faire un rapprochement entre ta façon d’être avec tes élèves et ton comportement avec les groupes que tu enregistres ?

Que se soit pour la formation ou les séances de studio, j'aime la sincérité. Si ça ne va pas je le dis et j'essaye de trouver la clé qui permettra de résoudre le problème et de passer à l'étape suivante.

Lorsque tu me parlais de The More I See, on sentait plein d’enthousiasme de ta part mais s’agit-il de ta plus grande fierté artistique ?

C’est là où j’ai le plus appris du point de vue technique, c’est pour ça que j’ai montré de l’enthousiasme!!! Par contre il y a des productions que j’ai réalisé récemment dont je suis beaucoup plus satisfait, tel que des groupes comme Fickle , Ex's deux groupes de Punk rock l'un chez Exclaim l'autre en pourparler avec universal!, H-Tray, signé chez Jerkov (sortie prévue en septembre 2006), le dernier Caedes chez Customcore qui sort en mars... Mais c'est toujours pareil The more i see c'était en 2003 et j'ai toujours une préférence pour les dernières productions, car c'est là que tu utilises tes dernières machines, tes dernières astuces...

Et as-tu tenter l’expérience live ?

Je fais à peu près un ou deux lives par an. Notamment avec le festival Hybrid où je fais de la régie générale. Je trouve que c’est bien de le faire une fois par an, je n’aime pas le faire plus parce que je préfère l'ambiance studio où tu as plus de temps pour peaufiner ton mix. Mais j’aime bien parce que c’est avec des mecs du milieu que je connais bien et on passe une soirée sympa.

Bon, et quels sont tes goûts musicaux ?

C’est marrant parce que je me rends compte que j’ai deux personnages. Y’a l’ ingé-son où là effectivement j’ai plutôt des goûts qui ne sont pas tant liés à la composition mais liés à la qualité du son, et puis moi, à la maison, j’écoute Nick Drake, c’est genre folk, de la musique assez calme. Simon & Garfunkel aussi, des trucs très très calmes pour me couper un peu de mon quotidien métallique. (Rires) Pour ce qui est du métal, plus jeune, j’écoutais Mr Bungle, Naked city, Living color, ou des trucs barrés et expérimentaux genre Magma, Zappa ...

Où te vois-tu dans 10 ans ou alors, où aimerais-tu te voir dans 10 ans ?

Woww ! Et bien y’a 2 trucs. D’un côté j’aimerais avancer et faire des prods de plus en plus costauds on va dire, j’espère vraiment aller dans cette direction là. Et d’un autre coté, je me dis que je me verrai bien en train d’élever des vaches je ne sais où au milieu de la France, dans une ferme. Alors soit l’un, soit l’autre, au choix ! On verra où ça va mener tout ça !

Quels conseils donnerais-tu à des personnes voulant exercer ce métier ?

Déjà, s’arracher, car c’est super difficile. Il ne faut surtout pas se décourager, continuer à fond tout le temps, essayer de prendre un max d’informations à gauche, à droite, connaître les outils de production, les astuces de prises de sons et surtout, écouter les musiciens. C’est un peu ce que j’ai zappé à un moment et je le regrette, mais aujourd’hui je me suis remis dans les rails. Ecouter les musiciens est ce qu’il y a de plus important finalement.

Et de la patience peut-être ?

Oui c’est clair ! Parfois je pète un câble. (Rires) Mais bon c’est pas méchant, ça permet d’évacuer. Mais ouais, je crois qu’avant tout c’est de la persévérance, il faut pas se laisser démonter.

Alors je parlais de patience, ptêtre que parfois t’as affaire à des zikos un peu « armoire » qui n’en mettent pas une dedans...

Quand je me prends la tête ce n’est pas là dessus en fait. Là où on peut se prendre la tête c’est plus sur des choix artistiques, c’est pas méchant, mais on réfléchit, on débat un peu là dessus. Après si le mec ne la met pas dedans, on le recale ou on refait 50 fois la prise, moi ça ne me pose pas de soucis, pas de problème de ce côté là. En plus avec les outils d’édition de maintenant on peut faire en sorte que se soit pas plus prise de tête que ça. Globalement tous les groupes avec qui j’ai bossé, ça ne s’est jamais mal passé, ça s’est toujours bien terminé, ce sont des potes quoi !

Tu n’as pas eu de situation un peu insolite ou cocasse en studio ?

Y’a bien eu quelques petites anecdotes que je pourrai te raconter mais pas avec un micro ! (Rires) Les seules histoires un peu space rejoignent des personnes un peu connues dans le milieu et je ne voudrai pas... mais c’est clair qu’il y a eu des trucs rigolos, 1 ou 2 trucs sympathiques...

Bon bah je vais couper le micro... (Rires)

Non non en fait....même micro coupé, je ne peux pas me permettre de dire un truc pareil (Rires)

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Let's rock!

S’en suit une conversation sur les indemodables « Black Album » de Metallica, et « Burn My Eyes » de Machine Head, et bien sûr à propos de personnages de renom comme Ross Robinson, Bob Rock, Scott Burns ou encore Stéphane Buriez...

Par Manu

Quelques liens :

http://www.grimedif.com/

Mail : christiancarvin@yahoo.fr

Discographie :

Disturb – The Last Resort (2001)
Ownslaught – Dilemna (2002)
Eths – Autopsie (2002)
Kamran – Pose Ta Mark (2002)
Caedes – Un Mal Pour Un Bien (2003)
Mindlag Project – Karybda (2003)
Inmate – The Sweet Melody Of A Deadly Day (2003)
Fat Society – Through The Pain I Suffer With A Smile (2003)
Romeo Is Bleeding – Introspections (2003)
The More I See – Wolves Are Hungry (2004)
Curtiss – List (2004)
Day By Day – The Difference Between Truth & Fact (2004)
Disturb – The Worst Is To Come (2004)
Freygolo – Time To Drop The Gun (2004)
Fat Society – Illusion’s Demise (2004)
Mindlag Project – Skylla (2004)
Unfit – Somewhere Between Heaven & Hell (2004)
None Shall Be Saved – Those Days Are Gone (2005)
Fickle - ID (2006)
Day By Day – tbc (2006)
Straighten things out (ex Fast 4 Ward) – Dawn Of The New Hope (2006)
Caedes – Paralispes (2006)
Fat Society/Disturb – From South We Rise (2006)
Htray - Distressing report (2006)
Ex's - ..... (en cours) (2006)
In other climes- ....... (en cours) (2006)

Albums chroniqués :

Eths - Autopsie
Romeo Is Bleeding - Introspections
None Shall Be Saved - Those Days Are Gone

 

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